La précarité

Visiblement, la campagne politique qui commence pour la présidence de la République ne nous offrira pas de rêve. On ne nous parle que d’effort, de flexibilité, de plus de travail pour autant voir moins de salaires et de moins d’aides sociales. 

En résumé, les Français seraient des feignants surprotégés qui vont devoir faire un effort pour que le pays s'en sorte!

Alors ces personnes qui prône la précarité flexibilité, je voulais leur expliquer ce que cela signifie vraiment d'être précaire. 

Car j'ai une confession à vous faire : je travaille dans la fonction publique. Encore un fonctionnaire privilégié? Et bien non. Je travaille depuis 2003, soit 13 ans, j’ai des feuilles de paie qui l’atteste, mais je suis précaire. CDD de la fonction publique.

Alors être précaire dans la fonction publique ça veut dire quoi ?

  • Ça veut dire que chaque année en décembre, vous guettez votre courrier en espérant votre contrat, car les évaluations se faisant en juin, comme celles des fonctionnaires personne ne vous dit jamais si vous serez renouvelé au pas. J’imagine que oui vu que nous avons les financements nécessaires pour me payer l’an prochain et que mon chef ne m’a pas semblé vouloir se séparer de moi, mais tant que je n’ai pas mon contrat signé entre les mains, j’ai toujours un fond de doute.
  • Être précaire c’est aussi avoir du mal à obtenir un crédit. Il nous a fallu faire appel à notre famille comme caution pour obtenir un crédit maison et leur emprunter directement de l’argent pour acheter une voiture. Quand vous avez 36 ans et que vous avez un emploi considéré par la grille de l’INSEE comme « profession intellectuel supérieur »…ça fait mal !
  • Être précaire c’est recevoir une lettre vous annonçant le non renouvellement de votre contrat une semaine après avoir envoyé votre déclaration de grossesse aux ressources humaines. « Vous pourrez demander à retrouver votre poste à l’issue de votre congés maternité » était-il écrit. J’ai donc perçu uniquement les indemnités sécurité sociale pour mon congé maternité et perdu 10% de mes revenus pendant 3 mois. Et en prime, mon avancement a été repoussé d’autant de mois que de congés maternité. (et tout cela est très légal ).
  • Etre précaire c’est attendre un CDI. CDI qui selon la loi Sauvadet de 2012 est obligatoire après 6 ans de contrat dans le même poste dans la même entreprise. Sauf que certains instituts de recherche font en sorte que les contrats ne soient jamais signés par le même employeur afin de ne jamais vous CDIser (oui le verbe est consacré chez nous). Dans mon administration, pas d'entourloupe de ce style, ils ont plutôt tendance à vous CDIser après 6 ans…sauf s’ils décident de ne plus renouveler votre contrat au bout de 6 ans comme cela est arrivé à un collègue l'an passé : il ne l'a appris qu'au 1er janvier quand il appeler les RH pour leur signaler qu'il n'avait pas reçu son contrat. Donc le CDI après 6 ans de contrat ne semble jamais acquis. Et puis quand, comme moi, vous avez eu une interruption dans vos contrats lié à vos congés maternité, votre CDI est repoussé. 
  • Etre précaire c’est se demander sans arrêt de quoi demain sera fait. Arriverons-nous à payer la maison ? Faudra-t-il la vendre un jour car je n’aurais pas été renouvelée ? Car en plus je suis mal payée. Etre en CDD dans la fonction publique équivaut à ne toucher que le salaire net de la grille indiciaire des fonctionnaires. Et dans la fonction publique, quand votre salaire ne comporte pas de primes, il est bien bas. 

Donc Messieurs ; Mesdames les politiques, la prochaine fois que vous parlerez de flexibilité, pensez à ce que cela sous-tend derrière. On ne peut pas dire aux gens soyez flexibles ET en plus on vous réduira le chômage ET les remboursements de sécurité sociale.

Quand vous nous expliquez que les acquis des députés sont normaux parce qu’ils permettent que des gens qui ne sont pas rentiers deviennent députés, parce que députés c’est précaire, constamment sur un siège éjectable vu qu’il y a des élections tous les 5 ans. Pensez que cette précarité qui visiblement vous inquiète tellement que vous avez mis des gardes fous pour vous en prémunir, nous la vivons au quotidien, avec comme seul garde fou la possibilité éventuellement d’avoir des assurances chômages en cas de non renouvellement (avec 2 mois de délais pour toucher le 1er centime quand vous travaillez dans la public…surement qu’on est tellement bien payé qu’on peut vivre deux mois sans salaire!)

Oui Messieurs, mesdames les politiques, prôner la précarité quand on n'est pas précaire c'est un peu facile. 

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