J'ai lu : La virevolte de Nancy Huston

Voici un livre dont je n'avais pas prévu de vous parler, mais il m'a tellement retournée que j'avais besoin de partager. 

J'avais envie de vous livrer mon sentiment, mon vécu à l'issue de cette lecture, je peux me tromper sur les intentions de l'auteurs, d'autres n'auront peut-être pas lu le livre de la même façon, c'est la magie de la littérature de nous permettre des interprétations diverses en fonction de notre propre vécu (n'en déplaisent à mes anciennes professeures de lettres).

Voici le résumé trouvé sur babelio.fr 

"Un, deux, trois petits tours et puis s'en va: Lin a un mari, deux filles, des amitiés, des moments de rare bonheur. Inexorablement pourtant, une passion qui est aussi son métier - la danse - s'impose à elle. Jusqu'au jour où elle choisit... La virevolte, c'est cela : une impulsion irrésistible, un élan, un jaillissement qui, de l'accouchement à l'abandon et à l'envoi, restent à jamais un sursaut vers la vie. La danse, le mystérieux travail du temps, le vertige et le désarroi d'être mère, l'indicible solitude, la beauté et la vulnérabilité des corps, la puissance des cycles, l'énigmatique empreinte du destin familial : dans ce livre qui jamais ne juge, il y a une force de compréhension bouleversante."

 

J'ai lu quelques avis sur des blogs littéraires. Beaucoup parlent du fait que c'est un livre qui parle de l'univers de la danse. Pour moi, ce livre (surtout la 1ère partie), parle de la maternité. Peut-être que n'ayant jamais fait de danse, c'est un milieu qui ne me parle pas du tout et peut-être que je l'aurai lu autrement si j'avais pratiqué. En revanche, j'ai des enfants et j'ai été bouleversé par cette description des difficultés de la maternité, de ce sentiment de dépossession qu'il peut entraîner. 

Le livre est découpé en deux parties : 

- La soliste qui décrit la vie de Lin avec sa famille

- La compagnie qui décrit la vie de chacun après la départ de Lin

Je crois que c'est la première partie qui m'a le plus bouleversée. On suit Lin et le regard qu'elle porte sur sa vie de famille, son envie de bien faire, d'être une bonne mère et une bonne épouse et son envie de danser qui ne la quitte pas. On sent la difficulté de concilier les deux, l'impossibilité même d'être une artiste à part entière quand on traîne le quotidien d'une mère. On vit ses inquiétudes avec le premier enfant (Angela), on ressent sa difficulté avec son deuxième enfant (Marina). 

Le personnage de Marina m'a profondément ému. Cet enfant qui enchaîne les difficultés, qui semble perturbée en permanence, comme si elle avait compris le mal-être de sa mère, l'impossibilité pour elle de rester. Marina semble attendre le moment du dénouement, celui où Lin partira comme si elle savait déjà que que c'était écrit et elle lui en veut déjà. Marina aime et déteste cette mère présente et pourtant déjà trop absente qui un jour deviendra absente complètement. Et Lin ne semble pas ressentir d'amour sans borne pour cette petite fille qui la pousse à bout continuellement. 

Et puis il y a ce moment, qui pour moi est le point de basculement : Lin perd son père, va à l'enterrement en emmenant Marina. Marina se comporte comme une enfant (elle renverse son verre à table, son bol de soupe, demande à être portée met de la terre sur le manteau de sa mère) et Lin ne le supporte pas. C'est dans cette scène que l'on sent la difficulté qu'a Lin à être mère: elle n'est pas en capacité de passer sa propre personne en second plan. Tout mon être lui en voulait à ce moment là, lui en voulait de sa fureur face aux actions d'une enfant, fureur qui était tout simplement liée au fait qu'elle aurait voulu vivre son deuil à sa façon d'adulte sans avoir à se soucier d'un enfant. Mais elle était mère. 

Et je crois que si ce roman m'a incroyablement bouleversé et ému, c'est parce qu'il touche au bouleversement le plus profond de la maternité : l'impossibilité d'être uniquement soi. Je devrais dire "le bouleversement de la parentalité" mais malheureusement encore aujourd'hui les pères ne semblent pas toujours le vivre de la même façon. Une mère ne peut pas se vivre autrement que mère, pas parce qu'elle n'en a pas envie, pas parce que c'est naturel, mais parce qu'elle est le référent et que malade ou pas en deuil ou pas, elle sera sollicité et devra répondre. (là je pense au beau post de La mite Orange : Maman!!) Lin a le sentiment que cela lui coupe les ailes alors elle s'envole. 

Et alors cette femme que j'ai compris au début du roman m'est peu à peu apparu comme une étrangère que je ne pouvais plus comprendre. Jamais je ne pourrai laisser mes filles, ne pas les voir grandir, ne pas profiter de chaque moment. Même si cela m'empêche d'être centrée sur moi. Surtout parce que cela m'empêche de me centrer sur moi.

Et vous, vous l'avez lu? Qu'en avez-vous pensé? 

Retour à l'accueil