dessin de @LaSauvageJaune

dessin de @LaSauvageJaune

Sur la plage pendant mes vacances, j’ai croisé des femmes en burkini ou d’autres qui se baignaient tout habillées. En tant que féministe, cela me gène. Mais malgré mes questionnements sur ce vêtement de plage, je ne comprends pas les arrêtés d’interdiction qui apparaissent ces derniers jours. La plage n’est pas un lieu « administratif », ce n’est pas un lieu de représentation de l’état. Alors pourquoi chacun ne pourrait-il pas s’y baigner comme bon lui semble ? Ou alors on réglemente tous les vêtements de plage !

Il me semble qu’on se trompe de cible. Plutôt que de lutter pour l’égalité, pour le droit de la femme à disposer de son corps (droit qui ne recouvre pas uniquement le droit à l’IVG et à la contraception comme on le lit trop souvent, mais qui englobe aussi le droit de s’habiller comme elle le souhaite, de se maquiller ou pas, de se couper les cheveux ou pas sans que cela ne définisse sa féminité, etc. ), on verbalise des femmes qui sont déjà emprisonnées dans la croyance que leur corps est impur.

Le corps de la femme est un enjeu social. Je parlais récemment de mon mal être vis-à-vis de mon propre corps. J’ai parfaitement conscience que ce mal être est purement social. C’est parce que la société me renvoie que je suis ne suis pas parfaite, que ce corps ne me convient pas. Et c’est parce que leur milieu social leur renvoie que montrer son corps est mal que des femmes font le choix du burkini. J’ai bien écrit « font le choix » car la majorité d’entre elles diront sans doute que personne ne les a forcé à mettre un burkini. Ce sera vrai. Elles ont juste intériorisé la contrainte. Ce n’est pas innée d’avoir envie de cacher son corps, c’est socialement construit. Construit par le regard de l’autre (en l’occurrence l’homme) sur le corps de la femme. Un regard qui considère que ce corps lui est dû et qu’il ne doit donc pas être montré de peur peut-être qu’un autre homme ne considère lui aussi que ce corps lui est dû et ne le prenne (d’ailleurs, on a entendu que les femmes qui en montraient « trop » sur la plage risquait plus le viol que les femmes en burkini). Beaucoup parleront de pudeur, sans voir la sexualisation et la réification du corps de la femme qui se trouve derrière. Ce corps objet que l’on cache pour qu’on ne le vole pas.

Je n’ai pas la solution bien sûr (ce serait trop simple). Mais j’ai le sentiment que la solution n’est pas de verbaliser les femmes qui le porte. Ce n’est pas non plus de l’accepter comme si cela était normal. Car ce n’est pas normal que la moitié de la population soit traitée différemment de l’autre moitié.

Alors plutôt que de verbaliser, si on sensibilisait, si on apprenait l’égalité aux filles et aux garçons. Ce sera long bien sûr avant qu’ils ne deviennent adultes et ne changent le monde. D’ici là des femmes continueront à porter la burka et le burkini, enfermées dans leur corps, mais libres de se baigner à la plage.

Retour à l'accueil