Elle est devant moi en larme. Elle m'explique les insultes, les remarques. Ces vicieux "quand on ne sait pas élever un enfant on en fait pas", ces "vous pouvez pas gérer votre fils!" ; ces regards de travers et ces murmures qu'elle n'en peut plus d'entendre.

Elle me raconte aussi les journées sans sommeil, sans répit ; l'agitation permanente, la mise en danger permanente aussi et sa peur que jamais on ne trouve de remède à cela.

Elle me raconte son fils différent des autres, sa difficulté à le faire entendre par l'entourage d'abord, par les médecins ensuite. "Chaque enfant évolue à son rythme" lui a-t-on dit. "Sois plus autoritaire" lui a-t-on dit.

Face à elle je suis estomaquée. Mais comment des gens peuvent -ils être aussi méchant?

Et puis je me souviens. Je me souviens que quand Il est arrivé à l'école, ma première réaction avait été de le trouver mal élevé. Parce qu'il sautait partout, n'écoutait personne, tapait les filles avec qui la mienne jouait et ne cessait de prendre les jeux que les autres enfants avaient. Parce que sa mère face à cette agitation n'avait rien opposé, me regardant et me disant avec un sourire "ha les garçons c'est quand même plus remuant que mes filles!" et je m'étais dit "élève le bien, et ça ira". Mais, même avec l'éducation la plus autoritaire qui soit, cela n'aurait pas été. On ne discipline pas certains handicaps.

Maintenant je sais. Je sais que le handicap qui ne se voit pas est le plus compliqué. Je sais que la prochaine fois que je verrais un parent avec un enfant trop turbulent, je me demanderai d'abord "et si..."

"Un peu d'autorité ne fait pas de mal, vous savez"
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