Quand Bouton de Rose est née, je m’attendais à un bébé différent de sa sœur. Tout le monde me l’avait dit « chaque enfant est différent ». Effectivement. Je pense aussi que chaque enfant d’une fratrie est différent car il n’a pas vécu les mêmes choses in utero, mais aussi parce que nous parents ne nous comportons pas de la même façon avec les enfants. Par exemple, j’ai su tout de suite déceler les coliques chez Boutons de Rose et j’ai agi en conséquence, alors que Fleur s’est tordue de douleurs pendant des semaines. Je me sentais en confiance avec ce deuxième bébé. Pas que je me dise que je sais tout faire, loin de là, mais je l’avais déjà fait alors je n’avais pas peur.

Les 3 premiers mois furent idylliques.

Le premier mois Bouton de Rose a dormi. 3h de sommeil et réveil pour la tétée. Quelques pleurs le soir, mais pas grand-chose. Puis petit à petit, les phases d’éveil sont devenues plus longues. On gardait cependant les tétées de la nuit. Celle de 23h a disparu vers 2 mois, il restait celle de 1h et 3h. Un bébé différent. Un bébé qui dort tôt mais qui se réveille la nuit. Bon c’est plus fatigant qu’un bébé qui dort de minuit à 6h comme sa sœur à 1 mois, mais fallait faire avec. La journée, rien à signaler. Des phases d’éveil en tête en tête avec moi et des phases d’observation de l’étrange énergumène qui s’appelle « grande sœur » le soir et les premiers fous rires très tôt.

Puis j’ai repris le travail.

Les tétées de la nuit sont devenues plus fatigantes. J’étais épuisée. Le rythme de la nuit était devenu intenable. Nous n'avions plus deux réveils (à 1h et 3h) mais un réveil toutes les heures entre 1h et 6h.

La journée, elle dormait peu. La nounou se plaignait et disait qu’elle pleurait beaucoup. Impossible de lui faire faire une sieste de plus de 30 minutes. Les biberons étaient des épreuves. Il parait qu’elle gigotait tellement qu’elle arrivait à dévisser son biberon. Elle régurgitait régulièrement. La poser devenait impossible.

A la maison, nous étions logés à la même enseigne : dès que je la mettais sur le transat ou le tapis d’éveil, elle me regardait avec des yeux angoissés et se mettait à hurler. J’ai culpabilisé (bien sûr) aidée par les bons conseils de l’entourage qui vous assomme gentiment à coup de « c’est parce que tu as repris le travail trop tôt » ou « tu aurais dû prendre un congé parental ».

J’ai lu tout (et n’importe quoi) ; me suis renseignée sur les bébés aux besoins intenses ; ai consulté pour des régurgitations. Un médecin m’a dit qu’elle n’était pas RGO car elle ne régurgitait pas dès qu’on la manipulait. La même la trouvée angoissée. Le simple fait qu'elle reconnaisse ce que je sentais m'avait apaisé mais la situation n'était pas réglée pour autant.

J’ai fini par me rendre à l’évidence, Bouton de Rose était un bébé difficile, très demandeur et il allait falloir adapter notre comportement à cela. Je sais qu’à partir de ce moment là je n’ai plus réagi avec elle comme je l’aurais fait si je ne lui avais pas collé cette étiquette « bébé demandeur c’est comme ça et c’est tout ». Je sais que j'ai eu tendance à intervenir dès le moindre pleur, à ne jamais la laisser se calmer seule, à surprotéger ce bébé culpabilisée par l'idée que son angoisse venait de mon propre stress pendant sa grossesse.

Puis il y a eu les vacances scolaires pendant lesquels nous n'avons pas d'assistante maternelle. 1ère semaine avec mamie. Lors de la visite médicale qui avait lieu en fin de semaine, le médecin l’a déjà trouvée moins angoissée, mais elle ne prenait pas assez de poids.

7 semaines avec PapaRose.

Chaque soir il me disait qu’elle n’avait pas pleuré. Qu’elle ne demandait pas toujours les bras. Qu’elle jouait tranquillement assise sur dans sa chaise haute ou posée sur le tapis d’éveil. Elle ne régurgitait plus car nous avions enfin trouvé le lait qui convenait (à part le mien bien sur, mais ça c’est fini).

Pendant nos vacances en famille, elle continuait à nous réveiller une fois la nuit (à 3h), elle angoissait dès qu'elle changeait de lit, mais elle ne demandait plus à être dans les bras systématiquement.

Entre temps, super Nounou avait collé sa démission pour une raison bidon et plus vraisemblablement parce qu’elle trouvait que Bouton de Rose était un bébé difficile (et qu’elle avait trouvé mieux).

Nouvelle nounou à la rentrée. J’angoissais. Mon bébé difficile allait devoir retourner en garde après 8 semaines à la maison et cela allait se faire chez quelqu’un qu’elle ne connaissait pas. Je m’attendais au pire.

Je n'ai pas prévenu la nounou. Je lui ai dit qu'elle pouvait avoir du mal à dormir dans son lit la première fois, mais je n'ai rien dit sur le fait que c'était un bébé angoissé, sur les bras qu'elle demandait systématiquement. Pas par volonté de cacher quoi que ce soit, mais dans le but que mon bébé arrive chez quelqu'un avec un regard neuf.

A la fin de la semaine, Nouvelle Nounou m’a dit « je ne comprends pas pourquoi vous insistiez pour un temps d’adaptation comme ça, c’est un bébé adorable. Elle mange bien, elle dort bien, elle sourit. Elle est adorable. Le seul truc c’est qu’elle aime pas qu’on ne joue pas avec elle ».

Depuis je me pose des questions. Et si mon bébé était difficile parce qu’on lui a collé cette étiquette ? Et si finalement le problème de ce bébé était d’avoir eu une nounou qui ne lui avais pas consacré assez de temps (elle avait deux enfants en bas âges) ? Et si ce manque de temps et de tête à tête avait angoissé ce bébé dont la maman a du retravailler 11 semaines après sa naissance. Et si finalement, Super Nounou n’était pas si super et avait de fait créé une situation où un bébé qu’il aurait fallu rassurer était rapidement devenu un bébé difficile.

Je ne crois pas en l’inné, je crois en l’acquis.

Je ne crois pas à un caractère qui serait génétique. Je ne crois pas qu’on est « timide comme papa » ou « artiste comme tata » ou « colérique comme grand-père » ou « excentrique comme grand-mère ».

Je crois que l’on est façonné par ses expériences et en particulier par celles de la petite enfance.

Cela ne veut pas dire que je pense que chaque enfant est identique et qu’il n’est modelée par ses expériences, mais je pense que l’acquis est plus fort que l’inné. Je crois que mon bébé n’était pas difficile. Je crois que mon bébé avait peut-être mal au ventre (RGO ou pas, elle vomissait quand même !). Je crois que mon bébé avait besoin d’être rassuré quand à 11 semaines il s’est retrouvé 10h par jour chez une inconnue. Je crois que mon bébé est juste un bébé et que maintenant il faut que je retrouve une relation avec elle plus apaisée qui n’inclut pas systématiquement de me dire « je dois réagir différemment de ce que j’aurais fait avec sa sœur car c’est un bébé difficile ».

Je crois que je dois apprendre à découvrir Bouton de Rose et la regarder avec un regard neuf.

Retour à l'accueil