Un heureux évènement

Depuis le passage télévisuel du film adapté du roman d'Eliette Abecassis, je m'étais promis de relire le livre éponyme, 2 mois plus tard c'est fait (et oui, il fut une époque où je lisais plusieurs livres chaque semaine...).

J'ai beaucoup ri en regardant le film, je me suis agacée aussi.

Je me souvenais d'avoir lu le livre une première fois avant d'être moi-même maman et d'avoir trouvé cette Barbara bien gourde.

Je me souvenais d'avoir lu le livre une seconde fois après être devenue maman et d'avoir partagé certaines de ses difficultés. Mais même devenue maman, le livre me laissait un sentiment d'agacement face à cette Barbara, petite bourgeoise parisianocentrée, qui ne pense pas à s'occuper des modes de garde que quand sa fille est assez grande pour qu'elle imagine reprendre sa thèse (mais elle vivait sur quelle planète??), qui met 3 plombes à acheter un test de grossesse (ceci dit quand déjà ça semble trop dur, faut se demander si on est prêt à accoucher/allaiter) et qui ne suit pas les cours de préparation à l'accouchement parce qu'elle trouve ça "humiliant".

En fait si certaines scènes me sont familières (le papa qui croit que bébé fait ses nuits, la belle-maman qui veut à tout prix donner un biberon au bébé certaine que la maman "n'a pas assez de lait", l'organisation nécessaire quand on doit sortir alors qu'avant on faisait comme on voulait, le corps dont tu as le sentiment qu'il n'est plus vraiment le tien, le papa qui semble réussir à endormir bébé d'un coup de baguette magique alors qu'on vient de passer 2h à bercer sans résultats etc.) j'ai tout de même toujours cette envie de lui crier "mais putain, tu croyais quoi?"

Tu croyais que tu retrouverai ta ligne en sortant de la maternité?

Tu croyais que bébé mangeait matin-midi et soir et le gouter quand on y pense?

Tu croyais que l'accouchement c'était "pousse un coup et hop par magie bébé est là dans tes bras tout rose et souriant"?

Tu croyais qu'à peine sortie de la maternité tu irais au resto avec ton mec pour finir par une nuit torride pendant que bébé dort à poings fermés?

Et finalement ses problèmes de petites filles geignardes noient pour moi le fond du problème : la difficulté à être mère, la difficulté à passer du couple centré sur lui-même au couple qui est aussi parent, la dépression post-partum (non mais zut alors, personne ne le voit qu'elle est au fond de la dépression cette Barbara qui dit "je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant. Désormais j'étais mère"?).

Ce qui m'agace aussi dans ce personnage c'est la facilité avec laquelle l'homme de ses rêves perd tout attrait sous prétexte qu'il devenu père. Il s’évanouit pendant l'accouchement, elle en ressent du mépris (ben oui zut alors, les mecs ne devraient pas avoir peur du sang ils sont fait pour les champs de bataille non?). Il prend un nouveau boulot pour subvenir aux besoins de la famille et elle ne l'aime plus car il n'est plus un artiste fou et libre (oui parce que la miss elle nous fait des envolées sur le féminisme et la libération des femmes, mais oublie que Beauvoir voyait aussi cette libération dans l'indépendance économique). Il s'occupe de sa fille, elle le méprise car c'est un père plus qu'un amant.

Au final, je crois que ce personnage est tant éloigné de moi que je n'arrive pas à compatir à ce qui lui arrive.

Je ne dis pas ici que je suis parfaite et que j'arrive à être mère/amante/femme/travailleuse sans aucune difficulté. J'ai d'ailleurs l'habitude de dire "être mère c'est du bonheur, mais aussi de l'organisation, de la fatigue, de l’inquiétude". D'ailleurs j'ai un petit post sur l'épuisement en attente d'écriture. Non tout n'est pas simple. Oui une grossesse et un accouchement c'est un bouleversement pour le corps d'une femme. Oui l'arrivée d'un enfant est un bouleversement pour le couple. Oui être mère c'est devenir une autre femme. Oui j'ai parfois envie d'être ailleurs. Oui je rêve (éveillée) d'une grasse matinée. Oui j'ai dû renoncer à certaines choses. Mais Non, je n'ai jamais considéré que mes filles étaient des monstres d’égoïsme qui ne recherchent que le pouvoir. Non je n'ai jamais considéré que depuis que je suis mère je suis vide. J'ai même le sentiment inverse. Pour moi la maternité m'a emplie d'un devoir : celui de tout faire pour que mes filles aient la vie la plus belle possible que ce soit au niveau de leur éducation mais aussi au niveau de la société dans laquelle elle vivront.

Pour moi, ce livre n'est pas emblématique des problèmes des jeunes mères. pour moi ce livre est un très bon descriptif d'une dépression post partum que personne ne voit. Elle déprime? La maternité l'a rendue chiante. Point. Et c'est là la force de ce livre : parler de ce que l'on cache. Mettre des mots sur les maux psychologiques des femmes pour qui la maternité est une épreuve.

Un heureux évènement
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